
En explorant les différentes possibilités d’orientation pour mes propres enfants, je me suis retrouvé face à un constat à la fois très clair… et très embarrassant.
Malgré les discours sur la diversité des talents, malgré les évolutions du monde du travail, ce sont toujours les options scientifiques, et plus particulièrement les maths, qui ouvrent le plus de portes après le bac.
J’ai pris le temps de regarder : magazines spécialisés, sites d’orientation, plateformes de conseils, témoignages, comparatifs de filières. Et le verdict est sans appel.
Les profils scientifiques restent les plus valorisés, les plus “sûrs”, ceux qu’on encourage quand on veut « ne pas se fermer de portes ».
Et c’était déjà exactement la même chose il y a plus de vingt ans.
« Il faut être bon en maths » : une idée bien ancrée
Depuis des générations, on nous martèle le même message : « il faut être bon en maths. »
En effet, les mathématiques sont associées à la rigueur, à la capacité de raisonnement, à l’abstraction, à la résolution de problèmes complexes. Elles sont perçues comme une sorte de preuve universelle d’intelligence.
Dans un système éducatif qui cherche à trier, sélectionner et hiérarchiser, c’est un outil pratique.
Avec le recul, j’ai même fini par comprendre certaines décisions qui me semblaient absurdes à l’époque.
Par exemple : pourquoi fallait-il un bac S (scientifique) pour entrer en école de journalisme ? Sur le moment, cela me paraissait complètement absurde. Le journalisme n’est-il pas avant tout une affaire d’écriture, de culture générale, de curiosité, de sens critique ? Mais on m’a ensuite expliqué qu’on ne cherchait pas tant des profils “littéraires” que des esprits capables d’analyser, de structurer une information, de hiérarchiser, de vérifier, de comprendre des sujets complexes. Admettons.
Ce qui pose problème aujourd’hui : l’absence d’évolution
Là où le bât blesse, c’est que le monde a changé… mais pas nos critères de valorisation.
Aujourd’hui encore, choisir une voie non scientifique est trop souvent perçu comme un renoncement aux grandes écoles ou à certaines carrières.
Et pourtant, nous vivons dans un monde où les compétences sociales sont déterminantes, la créativité est un moteur central d’innovation, la compréhension des enjeux culturels et humains est indispensable, la capacité d’adaptation est une nécessité.
Mais ces compétences-là restent largement sous-évaluées dans les parcours scolaires et dans les choix d’orientation.
Des talents invisibles dans les parcours scolaires
Combien d’élèves brillants en langues, à l’aise à l’oral, capables de fédérer un groupe, de raconter, de convaincre, de créer, se retrouvent relégués dans des voies qui ne leur conviennent pas ?
Combien de jeunes extrêmement créatifs, en design, en écriture, en musique, en audiovisuel, en entrepreneuriat, entendent encore qu’il leur faudrait une meilleure moyenne en mathématiques pour accéder ne serait-ce qu’à la porte d’entrée des études qu’ils convoitent ?
Le problème n’est pas de valoriser les profils scientifiques.
Le problème, c’est de les valoriser presque exclusivement, comme si les autres formes d’intelligence étaient anecdotiques.
Repenser l’orientation : une urgence éducative
Si l’orientation post-bac continue de fonctionner comme un entonnoir où les maths servent de clé universelle, on passe à côté de talents immenses.
Pire : on envoie un message implicite : ta valeur dépend de ta performance dans une seule discipline.
On peut continuer de valoriser les maths et ceux qui excellent dans cette matière, mais pas au détriment de tout le reste.
Et maintenant, on fait quoi ?
Alors une question reste en suspens : quand est-ce que ça va évoluer ?
Quand est-ce qu’on cessera de considérer les maths comme le passeport universel vers la réussite, et les autres compétences comme des options secondaires ?
Que faut-il faire pour que ça change ?
Changer les discours ? Les critères de sélection ? La manière dont on parle d’orientation aux élèves et aux familles ? Probablement un peu tout ça à la fois.
Le problème, c’est que ces idées ont la vie dure. Elles sont ancrées dans le système éducatif, dans les pratiques de sélection, dans les représentations collectives… et parfois même dans nos propres réflexes de parents. On les combat, mais on finit souvent par les intégrer malgré nous, par peur de “faire le mauvais choix”.
Et pourtant, continuer à reproduire ce schéma, c’est passer à côté d’une réalité évidente : le monde n’a plus besoin uniquement de bons élèves en maths. Il a besoin de profils multiples, complémentaires, créatifs, humains, capables de comprendre, de relier, d’inventer.
Faire évoluer les mentalités prendra du temps.
Mais la première étape, c’est déjà de refuser l’idée qu’il n’existe qu’un seul chemin valable vers la réussite.

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