Nos élèves sont dans l’illusion…

Il arrive bien souvent que les apprenants pensent savoir ou imagine une difficulté.
Mais en réalité, ils évoluent dans une « illusion de savoir » et une « illusion de difficulté« .
En orthographe par exemple, certains mots paraissent simples, d’autres effrayants, et pourtant… ce n’est pas toujours là que se cachent les vrais pièges.


L’illusion de savoir

L’illusion de savoir, c’est cette impression trompeuse de maîtriser une notion simplement parce qu’on la reconnaît.
Un élève lit un mot, le comprend, pense donc le “savoir”.
Mais lorsqu’il s’agit de l’écrire sans modèle, l’illusion se dissipe.

Exemple : le mot “beaucoup” semble connu. Tous les élèves le lisent sans hésiter.
Mais à l’écrit, il devient “bocou”, “baucou” ou “beaucoups”.
La reconnaissance n’est pas la maîtrise.
Lire n’est pas écrire.

Cette illusion naît du fait que l’orthographe est invisible à la lecture.
On comprend le mot, même mal écrit, donc on se persuade qu’on le connaît.
C’est seulement dans l’acte d’écrire, le moment où l’on doit produire la forme correcte, que la réalité apparaît.


L’illusion de difficulté

À l’inverse, certains mots paraissent difficiles alors qu’ils sont souvent bien réussis.
Pourquoi ? Parce que l’attention se mobilise.
L’élève sait qu’il doit être prudent, qu’il y a un piège possible, et donc, il réfléchit.

Exemples : « Anticonstitutionnellement” n’a rien d’insurmontable : il est long, mais régulier. Il faut simplement ne pas oublier les doubles consonnes.

“Chrysanthème” semble ardu, mais les élèves l’écrivent souvent juste, car ils s’appliquent. En revanche, c’est sur les mots courants que tout se joue : “aujourd’hui”, “peut-être”, “comme”, “leur”, “quelques”…
Ceux qui semblent évidents sont souvent les plus traîtres.

Ainsi, la vraie difficulté ne réside pas dans la complexité d’un mot, mais dans la vigilance qu’on y accorde.


Des illusions dans toutes les disciplines

L’illusion de savoir ou de difficulté n’est pas qu’en orthographe.
En mathématiques, beaucoup d’élèves pensent “comprendre” une notion parce qu’ils savent reconnaître un type d’exercice, mais dès qu’on change légèrement la consigne, tout s’effondre. À l’inverse, certains vivent une illusion de difficulté : un problème d’apparence complexe leur semble insurmontable, alors qu’il suffit d’une simple addition pour le résoudre. Ce n’est pas la difficulté du calcul qui bloque, mais la peur induite par la présentation de l’exercice.

Et en histoire, le phénomène est identique. Un élève peut s’imaginer qu’il connait la Révolution française parce qu’il retient « 1789 » et le mot “Bastille”, sans pouvoir expliquer le sens des événements.
A contrario, devant un texte d’époque ou un document d’archive, beaucoup se braquent, persuadés que c’est “trop dur”, alors qu’en y plongeant sans crainte, ils découvrent que le vocabulaire est accessible et que le sens se dégage facilement.

Dans toutes ces disciplines, les mêmes illusions se rejouent.
L’apprentissage véritable commence justement là où s’arrête l’impression de savoir.


Enseigner à déjouer les illusions

Notre rôle d’enseignant, de parent ou d’accompagnateur, c’est d’aider les élèves à voir au-delà de l’apparence :

Apprendre à écrire, c’est apprendre à douter, à se relire, à vérifier, à se poser la bonne question :

“Est-ce que je sais ce mot… ou est-ce que je crois le savoir ?”


En résumé

Nos élèves ne manquent pas d’intelligence, mais souvent de conscience dans l’apprentissage.
Ils vivent tantôt dans une illusion rassurante ( “C’est facile, je connais” ), tantôt dans une illusion angoissante ( « C’est difficile, je ne vais me tromper » ).
L’une des missions de l’enseignement, c’est de fissurer ces illusions, doucement, patiemment, pour les remplacer par des compétences solides, réfléchies et durables.

Car apprendre, c’est justement ça :

sortir de l’illusion pour entrer dans la connaissance.

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